Design thinking : méthode et ateliers de co-conception
Le design thinking s’impose aujourd’hui comme une méthode clé pour concevoir des produits et services numériques pertinents. Plus qu’un simple processus créatif, il s’agit d’une approche collaborative qui permet de faire émerger des solutions à partir des usages réels, en impliquant directement les parties prenantes du projet.
Cette méthode repose sur un principe fondateur : le human-centered design, ou conception centrée sur l’humain. L’idée est simple : partir des besoins réels des utilisateurs pour générer des solutions pertinentes, plutôt que de chercher l’innovation à partir de contraintes techniques ou commerciales.
Dans le cadre d’une refonte de site web, cette démarche prend tout son sens : elle permet d’aligner les visions, de clarifier les besoins et de structurer les premières décisions de conception de manière collective.
Les 5 étapes du design thinking
La d.school de Stanford a structuré la méthode en cinq phases, aujourd’hui devenues la référence universelle :
- Empathiser : comprendre les utilisateurs, leurs besoins, leurs frustrations et leurs contextes réels avant toute décision de conception.
- Définir : synthétiser les observations pour formuler une problématique claire. On parle souvent de « point de vue » ou de question-cadre : « Comment pourrions-nous… ? »
- Idéer : générer le plus grand nombre d’idées possible, sans filtre. C’est la phase de brainstorming et de créativité collective.
- Prototyper : traduire les meilleures idées en représentations concrètes : maquettes, wireframes, scénarios suffisamment tangibles pour être testées.
- Tester : confronter ces prototypes aux utilisateurs réels pour identifier ce qui fonctionne, ce qui bloque, et ajuster.
Cette structure itérative est souvent représentée sous la forme du double diamant : une première phase de divergence (explorer, comprendre, générer des idées) suivie d’une phase de convergence (prioriser, décider, prototyper). Les deux mouvements se répètent autant que nécessaire.
Le design thinking : une approche centrée sur la co-construction
Le design thinking repose sur un principe simple : concevoir avec les utilisateurs et les équipes, plutôt que pour eux. Contrairement à une approche descendante, cette méthode favorise :
- le dialogue entre les acteurs du projet
- la confrontation des points de vue
- l’émergence d’idées concrètes à partir des usages
Au cœur de cette démarche se trouve l’empathie : la capacité à se mettre réellement à la place des utilisateurs, à comprendre ce qu’ils font, ce qu’ils pensent et ce qu’ils ressentent. Des outils comme la carte d’empathie – qui cartographie les perceptions, les émotions et les comportements d’un utilisateur type – ou les personas – portraits fictifs mais fondés sur des données réelles – permettent de structurer cette compréhension et d’en faire une base de travail partagée pour toute l’équipe.
Elle permet de sortir d’une logique purement théorique pour entrer dans une dynamique plus pragmatique, où les décisions sont nourries par l’intelligence collective. Dans un projet digital, cela permet notamment de :
- mieux comprendre les attentes métiers
- identifier rapidement les priorités
- éviter les biais liés à une vision trop interne
Animer un atelier de co-conception : un levier structurant
L’atelier de co-conception est souvent le point de départ d’une démarche en design thinking. Il permet de rassembler les parties prenantes autour d’un objectif commun : poser les bases du projet.
Dans le cadre de la refonte du site de Kaleido’scop, collectif engagé dans le renouvellement démocratique des territoires et des organisations, nous avons animé une journée complète d’atelier d’intelligence collective dans leurs locaux à Lyon.

Habituellement en posture d’animation, les membres du collectif se sont cette fois prêtés à l’exercice en tant que participants. Cette inversion des rôles a permis de créer un espace d’échange riche, propice à l’émergence d’idées.
L’objectif : faire émerger une vision partagée du futur site.
Structurer les idées grâce à des méthodes collaboratives
L’atelier s’organise autour d’une succession de formats courts, conçus pour favoriser la participation et la prise de décision.
Brainstorming et clustering d’idées
La phase d’idéation permet de générer un grand nombre d’idées, sans filtre ni autocensure. Ces propositions sont ensuite été regroupées par thématiques (clustering), afin de faire apparaître des axes structurants. Cette étape permet de :
- organiser la réflexion
- identifier les convergences
- faire émerger des priorités

Dans ce tableau, l’objectif était de faire émerger un maximum d’idées issues de l’ensemble des participants, en identifiant à la fois des actions, des démarches et les équipements associés. Ce travail de mise en commun permet ensuite de structurer la réflexion en faisant ressortir des axes et des catégories claires.
Dot voting : prioriser collectivement
Pour passer de l’exploration à la décision, nous utilisons la méthode du dot voting.
Chaque participant attribue un nombre limité de votes aux idées qu’il juge les plus pertinentes. Ce système simple permet de faire ressortir rapidement les éléments prioritaires.
Grâce à ce processus, plusieurs éléments clés sont définis :
- le tone of voice – le ton éditorial de la marque : registre, niveau de langage, façon de s’adresser aux utilisateurs
- les contenus essentiels de la page d’accueil
- la structure d’une page projet
- les éléments à valoriser dans une offre d’accompagnement
- les premières orientations graphiques

Ici, un exemple de dot voting appliqué à la personnalité de marque : chaque participant attribue ses votes aux traits qu’il juge les plus pertinents, permettant de faire émerger collectivement les caractéristiques dominantes et de définir une direction claire.
Du workshop à la conception
À l’issue de cette journée, les décisions prises collectivement ont servi de socle pour engager la phase de conception dans une continuité logique. Le workshop permet de transformer des intuitions en orientations concrètes, directement exploitables par les équipes design. Le travail s’est poursuivi par :
- la structuration ergonomique du site
- la formalisation des parcours utilisateurs
- la traduction des intentions en wireframes
Chaque étape s’inscrit dans le prolongement des réflexions menées en amont. Les choix ne sont pas arbitraires : ils découlent d’une compréhension partagée des utilisateurs, des objectifs et des contraintes du projet.
Cette transition entre réflexion et production est essentielle. Elle permet de passer rapidement à une phase tangible, tout en conservant une cohérence forte. Les wireframes deviennent ainsi une première matérialisation des idées, facilitant les échanges et les validations.
L’intérêt de cette démarche réside dans l’alignement qu’elle crée dès le départ. En impliquant les parties prenantes en amont, elle réduit les incompréhensions, sécurise les décisions et limite les allers-retours au cours du projet.
Design thinking et itération : tester, ajuster, améliorer
Le design thinking repose sur une logique d’itération continue. L’objectif n’est pas de figer une solution dès les premières étapes, mais de faire évoluer progressivement les idées à partir de tests concrets et de retours utilisateurs. Cette approche accepte l’incertitude initiale pour mieux la réduire au fil du projet. Plutôt que de chercher une solution parfaite dès le départ, la méthode encourage à :
- tester rapidement des idées
- produire des premières maquettes
- ajuster en fonction des retours
Ces premières matérialisations, souvent sous forme de wireframes ou de prototypes, permettent de rendre les concepts tangibles. Elles facilitent les échanges avec les équipes et les utilisateurs, et rendent les hypothèses plus faciles à valider ou à invalider.
Cette dynamique d’itération s’appuie sur des retours réguliers. Chaque test apporte des enseignements qui permettent d’affiner la conception : un parcours peut être simplifié, une interface réorganisée, une fonctionnalité repositionnée. L’enjeu est d’améliorer en continu plutôt que de corriger tardivement. Cette approche permet de :
- sécuriser les choix de conception
- identifier rapidement les problèmes
- améliorer progressivement les interfaces
Elle réduit les risques d’erreurs structurelles en détectant tôt les points de friction. Elle favorise aussi une meilleure compréhension des usages réels, souvent différents des hypothèses initiales.
Dans un projet de refonte, cela se traduit par des cycles courts entre conception, test et ajustement. Chaque itération rapproche le produit final des besoins réels des utilisateurs, tout en garantissant une progression maîtrisée du projet.
L’intelligence collective et ses outils / méthodes pour avancer
La formation à l’intelligence collective joue un rôle clé dans la qualité des échanges et la progression d’un projet. Elle permet de transformer un groupe d’intervenants en un espace de réflexion structuré, où chaque contribution trouve sa place et participe à la construction des décisions. Elle permet :
- de s’assurer la prise de parole de l’ensemble des intervenants
- de structurer et séquence les échanges
- de prendre des décisions parfois complexe de façon naturelle
Dans ce type de démarche, les outils et méthodes de facilitation deviennent essentiels. Ils offrent un cadre qui évite la dispersion des idées et garantit que chaque sujet est traité avec clarté et méthode. Post-it, cartographies, matrices de priorisation ou encore exercices de projection permettent de rendre visibles les échanges et de faciliter leur synthèse.
Au-delà des outils, c’est la posture de facilitation qui fait la différence. Elle consiste à créer les conditions pour qu’un groupe pense, décide et avance efficacement ensemble, sans qu’une seule voix ne prenne le dessus sur les autres. Cette approche structure les débats, régule les temps de parole et aide à transformer des discussions parfois complexes en décisions lisibles.
Au sein de nos projets, l’approche est portée par des profils formés à la facilitation – la discipline qui consiste à créer les conditions pour qu’un groupe pense, décide et avance efficacement ensemble – capables de structurer les échanges et de canaliser les dynamiques collectives.
En résumé
Le design thinking est une méthode de conception centrée sur la co-construction et l’intelligence collective.
Appliqué à tout projet (digital, identité visuelle, print), il permet de :
- faire émerger des idées pertinentes
- structurer les décisions
- aligner les équipes
- améliorer la qualité des interfaces
À travers des ateliers de co-conception, des méthodes comme le brainstorming, le clustering ou le dot voting, il devient possible de poser des bases solides pour un projet de refonte.
Sylvain Hourany est le fondateur de Perméable.
Diplômé ingénieur de l’Université de Technologie de Compiègne en 2001, puis du mastère Multimédia – hypermédia ENSBA / ENST en 2002, Sylvain a fondé l’agence Perméable en 2003. Il a plus de 20 ans d’expérience dans l’accompagnement d’acteurs institutionnels, publics et privés dans la conception et la réalisation de leurs outils de communication.
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Questions fréquentes
Il s’adapte aux deux, à condition de calibrer le format. Un atelier d’une journée avec 15 participants convient à une organisation de taille moyenne. Une petite structure peut tirer parti des mêmes outils dans un format de 2 à 3 heures avec 4 ou 5 personnes. Ce qui change, c’est la durée et le nombre d’ateliers, pas la pertinence de la démarche. Les contraintes d’une petite structure (moins de silos, décisions plus rapides) peuvent même accélérer la mise en oeuvre des décisions issues des ateliers.
Un atelier de co-conception efficace dure généralement entre 3h et deux jours, selon le périmètre du projet et le nombre de participants. La préparation est aussi importante que l’atelier lui-même : définir un objectif précis, sélectionner les bons participants, préparer les exercices dans un ordre logique. Un atelier mal préparé produit des discussions sans décisions, ce qui est précisément ce qu’on cherche à éviter.
Oui. La méthode a d’abord été appliquée à des produits physiques mais elle s’applique aussi à des services non numériques, à la refonte de processus internes, à la conception d’espaces, ou à des problématiques de politiques publiques. La condition : avoir des utilisateurs ou des parties prenantes identifiables dont on peut recueillir les besoins. C’est la base de la démarche, quel que soit le secteur.
C’est l’une des limites les plus fréquentes du design thinking en pratique. Un atelier produit de l’enthousiasme et des décisions collectives, mais sans suivi structuré, les résultats restent sur les post-its. Plusieurs mécanismes limitent ce risque : désigner un responsable pour chaque décision prise, documenter les outputs dans les heures qui suivent l’atelier, fixer un prochain jalon concret avant de se quitter, et s’assurer que les participants ont un mandat réel pour appliquer ce qui a été décidé. Un atelier dont les décisions ne sont pas suivies d’effets nuit à la crédibilité de la démarche pour les futurs projets.
Dans un marché public, le cahier des charges est rédigé avant de choisir le prestataire, ce qui peut sembler incompatible avec une démarche exploratoire. En pratique, le design thinking intervient soit en amont du marché (phase de préfiguration), soit dans les missions de l’agence retenue. Des marchés publics intègrent désormais explicitement des ateliers de co-conception comme livrables. La loi n’interdit pas l’itération – elle exige simplement que le périmètre et le budget soient définis au départ.